Passer de micro entreprise à société est une question qui revient à chaque palier de croissance. La réponse ne tient pas à une intuition. Elle repose sur quatre curseurs : le chiffre d’affaires, la franchise de TVA, les cotisations sociales et la fiscalité du bénéfice. Ces quatre paramètres s’apprécient séparément. Au 8 septembre 2026, ces paramètres ont bougé et rendent l’arbitrage plus technique qu’il y a trois ans. Ce point fait la synthèse des seuils applicables, des signaux qui doivent alerter et du calendrier à suivre pour organiser la transition sans rupture d’activité.
Pourquoi la question se pose différemment en 2026
Le régime micro-fiscal a longtemps été pensé comme un tout cohérent : un seul plafond de chiffre d’affaires conditionnait à la fois le régime d’imposition simplifié et la franchise de TVA. Ce n’est plus le cas. Depuis la loi n° 2025-1044 du 3 novembre 2025, qui a définitivement annulé le projet de seuil unique de franchise TVA à 25 000 €, les deux mécanismes fonctionnent de manière totalement déconnectée. Un micro-entrepreneur peut aujourd’hui rester sous le régime micro-fiscal tout en facturant la TVA, ou inversement continuer à bénéficier de la franchise tout en approchant le plafond de chiffre d’affaires. Décider de passer de micro-entreprise à société suppose donc de raisonner sur plusieurs curseurs indépendants, et non plus sur un seuil unique.
À cela s’ajoute la hausse des cotisations sociales 2026 pour une partie des indépendants, qui modifie le calcul de rentabilité comparé entre statut individuel et société. La question n’est plus seulement « ai-je dépassé le seuil ? » mais « la structure micro-entreprise reste-t-elle la plus efficace pour mon activité ? ».
Les seuils de chiffre d’affaires 2026-2028 : la limite haute du régime micro
Le premier repère reste le plafond de chiffre d’affaires du régime micro-BIC/micro-BNC. Pour la période triennale 2026-2028, ces seuils ont été relevés par rapport à la période 2023-2025 :
| Seuil micro-fiscal | 2023-2025 (revenus 2025) | 2026-2028 |
|---|---|---|
| Vente de marchandises, hébergement | 188 700 € | 203 100 € |
| Prestations de services BIC/BNC | 77 700 € | 83 600 € |
Ce relèvement retarde mécaniquement le moment où un dépassement contraint la sortie du régime micro-fiscal. Concrètement, le dépassement du seuil pendant deux années consécutives entraîne un passage au régime réel d’imposition (ou à la déclaration contrôlée pour les BNC) à compter du 1er janvier suivant. Ce basculement fiscal ne signifie pas automatiquement passer de micro-entreprise à société : l’entrepreneur individuel peut très bien rester en nom propre, mais sous un régime réel d’imposition, avec une comptabilité d’engagement à tenir. La transformation en société est une décision distincte, qui répond à d’autres logiques (association, protection du patrimoine, optimisation du résultat).
Un point de vigilance : ces seuils s’apprécient sur le chiffre d’affaires N-1 ou N-2, ce qui laisse un peu de visibilité pour anticiper. Un dirigeant qui approche 190 000 € ou 80 000 € en 2026 doit donc surveiller sa trajectoire sur deux exercices avant de subir une sortie de plein droit.
Franchise en base de TVA : un mécanisme désormais autonome
La franchise en base de TVA obéit à ses propres seuils, sans lien direct avec les plafonds micro-fiscaux ci-dessus. Pour 2026, ils s’établissent ainsi :
| Franchise en base de TVA | Seuil de base | Seuil majoré |
|---|---|---|
| Vente de marchandises, hébergement | 85 000 € | 93 500 € |
| Prestations de services | 37 500 € | 41 250 € |
Le dépassement du seuil de base n’entraîne pas de sortie immédiate : c’est le franchissement du seuil majoré, ou le dépassement du seuil de base pendant deux années consécutives, qui fait basculer dans le régime réel de TVA. Ce mécanisme, précisé par la doctrine administrative (BOFiP, série BOI-TVA-DECLA-40-10), reste indépendant du régime micro-fiscal depuis l’annulation de la réforme du seuil unique.
Ce découplage change la donne pour l’arbitrage. Un micro-entrepreneur en prestations de services qui facture au-delà de 37 500 € de chiffre d’affaires doit collecter la TVA, sans pour autant perdre son régime micro-fiscal tant qu’il reste sous 83 600 €. Il peut alors déduire la TVA sur ses achats professionnels, ce qui rapproche mécaniquement son fonctionnement de celui d’une société, sans en avoir la structure. Ce point mérite d’être vérifié avant toute décision de passer de micro-entreprise à société : la facturation de la TVA seule ne justifie pas nécessairement la création d’une structure.
Un dernier élément de prudence : la loi de finances pour 2026, encore en discussion au moment de la rédaction de cet article, pourrait de nouveau modifier ces seuils de franchise. Toute projection à moyen terme doit intégrer cette incertitude.
Cotisations sociales 2026 : la hausse qui pèse sur l’équation
Le régime social du micro-entrepreneur repose sur un taux forfaitaire appliqué au chiffre d’affaires encaissé, sans lien avec les charges réelles. Ce taux a évolué au 1er janvier 2026 : les micro-entrepreneurs relevant des BNC hors Cipav voient leur taux global de cotisations passer à 25,6 %, contre 24,6 % en 2025, dans le cadre d’une réforme plus large de l’assiette sociale des indépendants.
Cette hausse réduit l’écart avec une société, en particulier pour les activités à charges réelles significatives (matériel, sous-traitance, local professionnel). En micro-entreprise, ces charges ne sont pas déduites : seul un abattement forfaitaire s’applique sur le chiffre d’affaires pour déterminer le revenu imposable. Dès que les charges réelles dépassent cet abattement, le régime micro devient structurellement défavorable, et l’écart se creuse encore avec la hausse 2026 des cotisations. C’est l’un des signaux les plus fiables pour envisager de passer de micro-entreprise à société : quand les frais professionnels réels excèdent l’abattement forfaitaire retenu par l’administration fiscale.
Les signaux qualitatifs qui doivent déclencher la réflexion
Les seuils chiffrés ne sont pas les seuls déclencheurs. Plusieurs signaux structurels doivent conduire à envisager une transformation, indépendamment du niveau de chiffre d’affaires :
- Le besoin de s’associer. L’entreprise individuelle, y compris sous régime micro, ne permet pas d’accueillir un associé. Dès qu’un projet implique un partenaire, un investisseur ou un salarié appelé à devenir associé, la création d’une société (SASU, EURL, SARL) devient la seule option juridique.
- Le besoin de déduire la TVA sur des investissements lourds. Passer en société à l’IS, avec option pour le régime réel de TVA, permet de récupérer la TVA sur des achats importants (matériel, véhicule professionnel, travaux), ce que le régime micro ne permet pas au même degré, même après dépassement du seuil de franchise.
- La protection du patrimoine personnel. Si le statut d’entrepreneur individuel offre déjà une séparation de principe entre patrimoine personnel et professionnel, la société à responsabilité limitée (SASU, EURL, SARL) structure cette séparation de manière plus lisible pour les partenaires financiers et les créanciers professionnels.
- La volonté de piloter la rémunération. En société, le dirigeant peut arbitrer entre rémunération et dividendes, avec un impact direct sur l’impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux. Ce choix n’existe pas en micro-entreprise, où le chiffre d’affaires encaissé détermine mécaniquement les cotisations dues.
- Le besoin de crédibilité commerciale. Certains donneurs d’ordre, en particulier dans le B2B, exigent une structure sociétaire pour contractualiser, notamment sur des marchés publics ou des appels d’offres.
Ces signaux, cumulés aux seuils chiffrés, permettent de bâtir un dossier de décision robuste plutôt que de réagir dans l’urgence à un dépassement de seuil.
Micro-entreprise ou société à l’IS : ce que ça change concrètement
Une fois la société créée et soumise à l’impôt sur les sociétés, la fiscalité du bénéfice obéit à une logique différente de celle du chiffre d’affaires encaissé en micro-entreprise. Le taux réduit de 15 % s’applique jusqu’à 42 500 € de bénéfice, sous deux conditions cumulatives : un chiffre d’affaires inférieur à 10 millions d’euros et un capital détenu à 75 % au moins par des personnes physiques. Au-delà de 42 500 € de bénéfice, le taux normal de 25 % s’applique.
| Régime | Base d’imposition | Taux applicable |
|---|---|---|
| Micro-entreprise (cotisations sociales) | Chiffre d’affaires encaissé | 25,6 % pour les BNC hors Cipav (2026) |
| Société à l’IS – taux réduit | Bénéfice, jusqu’à 42 500 € | 15 % (sous conditions de CA et de capital) |
| Société à l’IS – taux normal | Bénéfice, au-delà de 42 500 € | 25 % |
Cette comparaison illustre un point souvent négligé : en micro-entreprise, les cotisations sont assises sur le chiffre d’affaires, encaissé même en l’absence de bénéfice réel. En société à l’IS, l’imposition porte sur le bénéfice net, après déduction des charges. Pour une activité à marge faible ou à charges élevées, cette différence de base peut suffire à justifier de passer de micro-entreprise à société, indépendamment même du niveau de chiffre d’affaires atteint.
Le choix de la forme sociale (SASU, EURL, SARL) influence ensuite le régime social du dirigeant et la fiscalité des distributions de dividendes. Ces points sont détaillés dans notre comparatif SASU ou EURL : le comparatif complet pour choisir en 2026, et dans notre article sur le choix entre PFU et barème progressif pour les dividendes, à consulter une fois la forme sociale arrêtée.
Calendrier de transition : les étapes pour passer de micro-entreprise à société
Décider de passer de micro-entreprise à société suppose une préparation en amont, pas une bascule improvisée au moment du dépassement de seuil. Les étapes suivent un enchaînement logique :
- Diagnostic chiffré. Comparer, sur un exercice type, les cotisations sociales dues en micro-entreprise et la charge fiscale et sociale estimée en société, en tenant compte du taux réduit d’IS à 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice et du taux normal de 25 % au-delà.
- Choix de la forme juridique. Arbitrer entre société unipersonnelle (EURL, SASU) et société pluripersonnelle (SARL, SAS) selon le nombre d’associés prévu et le régime social souhaité pour le dirigeant.
- Rédaction des statuts et constitution du capital. Cette étape formalise la gouvernance, la répartition du capital et les modalités de prise de décision, points absents du régime micro-entrepreneur.
- Immatriculation de la nouvelle société auprès du guichet unique, avec obtention d’un nouveau numéro Siren distinct de celui de la micro-entreprise.
- Cessation d’activité de la micro-entreprise, avec déclaration de cessation auprès de l’Urssaf et clôture des obligations déclaratives propres au régime micro.
- Transfert des contrats en cours (clients, fournisseurs, bail éventuel) vers la nouvelle structure, avec vigilance sur la continuité contractuelle et la domiciliation de la société. Ce dernier point est détaillé dans notre article sur les options de domiciliation adaptées à une société.
- Mise en place de la comptabilité d’engagement, obligatoire en société, avec un expert-comptable qui accompagne l’ouverture des comptes et le premier exercice.
Anticiper ce calendrier avant le franchissement effectif des seuils micro-fiscaux évite une double contrainte administrative : gérer la fin du régime micro et la montée en charge de la société sur le même exercice. Les dirigeants qui anticipent la bascule en cours d’année civile, plutôt qu’au moment du constat de dépassement, limitent aussi le risque de vigilance accrue de l’administration sur la cohérence des seuils déclarés, un point abordé dans notre article sur les 7 points que l’administration regarde en premier lors d’un contrôle fiscal.
Faire le point avec un expert-comptable avant de basculer
Les seuils 2026-2028, la franchise de TVA désormais autonome et la hausse des cotisations sociales rendent l’arbitrage plus technique qu’auparavant. Passer de micro-entreprise à société n’est jamais une décision purement mécanique : elle dépend du niveau de charges réelles, du projet d’association, du besoin de déduire la TVA et de la structure de rémunération souhaitée par le dirigeant. GlobalFi Expert est un cabinet d’expertise comptable dédié aux TPE, PME, indépendants et professions libérales. Nous accompagnons le diagnostic chiffré, l’immatriculation de la société et le premier exercice comptable. Nous intervenons à Levallois-Perret, dans les Hauts-de-Seine, à Paris et en Île-de-France, auprès des e-commerçants, des entreprises du BTP et de la restauration, un secteur que nous accompagnons de près sur l’analyse de rentabilité et des risques internes. Pour vérifier seuil par seuil si le moment est venu de passer de micro entreprise à société, contactez Ruben Toledano : GlobalFi Expert, 6 rue Maryse Hilsz, 92300 Levallois-Perret.
Questions fréquentes
Faut-il attendre le dépassement du seuil pour passer de micro-entreprise à société ?
Non. Les seuils de chiffre d’affaires 2026-2028 (203 100 € ou 83 600 € selon l’activité) déclenchent une sortie automatique du régime micro-fiscal en cas de dépassement deux années consécutives, avec effet au 1er janvier suivant. Mais la décision de créer une société peut intervenir plus tôt, dès que les signaux qualitatifs (associés, TVA déductible, protection sociale) l’exigent.
Le dépassement du seuil de franchise en base de TVA fait-il perdre le régime micro-entrepreneur ?
Non. Depuis la loi du 3 novembre 2025, les deux mécanismes sont totalement déconnectés. Un micro-entrepreneur peut facturer la TVA à partir des seuils de franchise (85 000 €/93 500 € pour la vente, 37 500 €/41 250 € pour les services en 2026) tout en restant sous le régime micro-fiscal tant qu’il ne dépasse pas 203 100 € ou 83 600 €.
Une société est-elle toujours plus intéressante fiscalement qu’une micro-entreprise ?
Pas automatiquement. Le taux réduit d’impôt sur les sociétés de 15 % s’applique jusqu’à 42 500 € de bénéfice, sous conditions de chiffre d’affaires et de détention du capital, le taux normal de 25 % s’appliquant au-delà. L’intérêt dépend du niveau de charges réelles, de la politique de rémunération et du besoin de réinvestir les bénéfices.
Peut-on créer une société seul sans quitter le statut d’indépendant ?
Oui, via une EURL ou une SASU, qui permettent d’exercer seul sous forme sociétaire. En revanche, l’entreprise individuelle ne permet pas de s’associer : dès qu’un projet implique plusieurs associés, la transformation en société devient nécessaire.
Quand la hausse des cotisations sociales 2026 doit-elle peser dans l’arbitrage ?
Le taux de cotisations des micro-entrepreneurs BNC hors Cipav est passé à 25,6 % au 1er janvier 2026, contre 24,6 % en 2025. Cette hausse réduit l’écart de charge avec une société, notamment pour les activités à charges réelles élevées, et doit être intégrée au calcul de rentabilité comparé.
À partir de quel chiffre d’affaires faut-il passer de micro entreprise à société ?
Peut-on garder sa micro-entreprise et créer une société en parallèle ?
Quel coût prévoir pour passer de micro entreprise à société ?
Sources
- 2026 : modification des seuils de chiffre d’affaires ou de recettes — autoentrepreneur.urssaf.fr
- Micro-entreprise : que se passe-t-il quand le seuil de chiffre d’affaires est dépassé ? — economie.gouv.fr
- Les seuils du régime micro-entrepreneur ou auto-entrepreneur : précisions importantes — bpifrance-creation.fr
- Micro-entreprises, quel est le montant de vos cotisations sociales ? — economie.gouv.fr
- Franchise de TVA : une réforme annulée ? — bpifrance-creation.fr
- TVA – Régimes d’imposition – Franchise de taxe – Franchise en base de droit commun — bofip.impots.gouv.fr
- Auto-entrepreneurs – Une importance accrue de la part des cotisations contributives à compter du 1er janvier 2026 — autoentrepreneur.urssaf.fr
- IS – Liquidation et taux – Taux réduit applicable au bénéfice des petites et moyennes entreprises — bofip.impots.gouv.fr
- Comment sortir du régime de la micro-entreprise et évoluer vers un autre statut juridique ? — bpifrance-creation.fr
- Comparatif des structures unipersonnelles — bpifrance-creation.fr




